Les trottoirs de Libreville

Janis Otsiemi, La Vie est un sale boulot (Jigal Polar 2009)

Otsiemi_La vie est un sale boulot_couv

C’est la classique histoire d’un casse qui tourne mal. Sauf que ça passe à Libreville, au Gabon.

Les mauvaises fréquentations, Chicano connaît. Elles l’ont mené en prison pour un casse avec mort d’homme. Il a payé l’addition seul, coincé qu’il était dans la voiture de fuite tandis que le reste de la bande canardait et empochait. L’addition a été d’autant plus salée que Chicano n’a dénoncé personne. Ce qui lui a valu sept ans de prison avec son frère comme seul visiteur, les « amis » préférant se tenir à distance. Quand la grâce présidentielle arrive, au bout de quatre ans, Chicano croit à une erreur… Du jour au lendemain, il se retrouve sur le trottoir devant la prison centrale de Libreville, son sac entre les pieds, avec un gardien qui le houspille parce qu’il ne s’éloigne pas assez vite. Son frère lui a promis une place dans son garage. Chicano prend donc la direction du quartier de Nkembo. Mais la première personne qu’il bouscule sur le trottoir, c’est Ozone, le chef de la bande, toujours active. Embrassades et on embarque Chicano dans un bar de Kinguélé, pour fêter ça. Chicano n’a pas le coeur à la fête. Il voudrait rejoindre son frère, démarrer une autre vie. Mais la bande a ses arguments, et besoin d’un chauffeur pour une nouvelle affaire, la dernière. Cette fois, il s’agit de s’emparer de la paye de la caserne de Baraka. Il y a quatre ans, la bande s’était attaqué au magasin de Farrad, un libanais, et l’événement avait déclenché des mouvements de foules, ravivant les tensions latentes entre Arabes et Gabonais. Quand on retrouve le corps de Chicano, assassiné, quelques heures après sa libération, les regards se tournent discrètement vers la communauté Arabe. Au poste de police de l’avenue Felix Eboué, les lieutenants Jacques Owoula et Pierre Koumba s’intéressent plutôt au casse de Baraka. L’enquête n’a pas été confiée à la PJ et les policiers ne sont pas dupes : si la paye est retrouvée, elle ne réintégrera pas les caisses de l’état. Alors pourquoi ne pas se mettre en quête eux aussi…

La Vie est un sale boulot, c’est d’abord un roman noir, court, lucide et dense. Le récit d’une réinsertion impossible sur un chemin tracé à l’avance et qui finit en impasse. C’est aussi un concentré de société gabonaise où s’agite tout un petit monde pittoresque. L’intrigue est remarquablement bien menée et les personnages sont tous très crédibles. Un beau regard, sans concession ni misérabilisme, sur une société gabonaise haute en couleur. Dépaysement et distraction, au sens noble du terme, garantis
La Vie est un sale boulot est le premier roman d’un écrivain qui, depuis, a parcouru bien du chemin, avec une belle reconnaissance à chaque publication, aussi bien en France qu’au Gabon.

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