Le Pas du renard, enquête dans le Paris des années folles

Claude Izner, Le Pas du renard, 10/18 janvier 2016

Les amateurs de romans policiers historiques connaissent Claude Izner et sa série mettant en scène des libraires détectives, Victor Legris et l’inénarrable Joseph Pignot, plus souvent occupés à courir l’énigme dans les rues de Paris entre 1889 et 1900 qu’à servir les clients de la librairie Elzévir. Le Pas du renard inaugure une nouvelle série, dans le Paris des années vingt.

Izner C_Le Pas du renard_couv

Paris, vendredi 22 avril 1921, Sainte Opportune. Dans la pénombre d’un mauvais garni, un homme achève de peaufiner sa vengeance. À Saint-Mandé, un Américain se voit déjà filant vers Nice, satisfait de sa bonne fortune. Las, le téléphone met fin à sa rêverie. Un incident technique en matinée, risque d’incendie, il faut venir. Robert Bradford se rend au Rodéo mais ça n’est pas le projectionniste qui l’attend, l’heure de rendre des comptes a sonné… Rue de Clichy, dans un meublé minable, Jeremy Nelson, pianiste au chômage, se demande de quoi sa journée sera faite. Il lui faut retrouver rapidement du travail mais un peu d’oisiveté lui permettra de chercher la trace de son père, disparu quand il était enfant. Jeremy ne possède qu’un nom incomplet, Paul K, et une quittance de loyer émise par l’Hôtel de Pékin. Sur les traces de son passé, il attire l’attention d’un dessinateur de rue, Paul Montégut dit Rince-Mirettes. À défaut de renseignements sur son père, Rince-Mirettes l’envoie au Rodéo, le cinéma de la rue des couronnes. La caissière pourra sûrement lui indiquer où l’on engage un pianiste. Sans le savoir, Jeremy vient d’enclencher les mâchoires d’un piège qui n’aura de cesse de se refermer sur lui… Comme annoncé par Rince-Mirettes, la caissière du Rodéo lui explique que le pianiste du Mi-Ka-Do est sur le point d’être remercié. Jeremy se rend dans ce petit cabaret de la rue du Jourdain et le pianiste est si mauvais qu’il en perd son emploi, justement ce soir là. Jeremy n’a aucune peine à s’installer dans la place. Il y retrouve Marie qui tient le vestiaire. Son Alexander’s Ragtime la fait frémir, mais pas pour ses qualités musicales… Désireux de remercier la jeune femme, Jeremy se rend à la caisse du Rodéo et tombe sur sa remplaçante, la très revêche Monique Martin. Au Mi-Ka-Do, les talents de Jeremy font merveille. La tenancière rêve de le glisser entre ses draps mais Jeremy préfère ceux de Marie. Alors qu’ils sont en tête à tête dans un troquet, Rince-Mirettes vient leur tirer le portrait. Marie garde le dessin. Quelques jours plus tard, on ramasse le corps de Monique Martin sur les rails de la station Saint-Lazare. Les journaux mentionnent, dans son sac, le croquis d’un jeune ingrat qui a les traits de Jeremy. Un habitué du Mi-Ka-Do l’informe de la coïncidence. Jeremy commence à cogiter, s’interroge sur Marie puis imagine une vengeance de son prédécesseur au Mi-Ka-Do. Il se rend chez lui, discute avec son colocataire, traverse ensuite le parc des Buttes-Chaumont et se fait violemment estourbir. À son réveil, il découvre une menace dactylographiée glissée dans sa poche. Le jeune américain commence à s’énerver. Qui est cet olibrius qui le fait tourner bourrique et pourquoi ?

Nouveau personnage d’enquêteur, nouvelle époque, nouveau ton et nouvelle construction de l’intrigue, il n’est pas de mot pour dire notre enthousiasme et notre respect face à une telle démarche, surtout aussi réussie. Ce roman donne des fourmis dans les doigts, pour les pianistes, et dans les pieds pour les amateurs de jazz tant la musique y tient une place importante. Si l’on reconnaît l’écrivain à son maniement de la langue, Claude Izner a plus que sa place aux côtés des stylistes de la langue tant le roman se pare de jolies tournures, justement dosées et posées, toujours créatrices d’images et d’ambiance. Les habitués, un peu, beaucoup, des enquêtes de Victor Legris, trouveront avec plaisir, disséminées ça et là, des allusions aux personnages de la précédente série. Ceux qui découvrent Claude Izner avec les aventures de Jeremy Nelson ne seront pas gênés par leur méconnaissance.

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