Enquête dans les rues vides de Kigali en 1994

Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Au Pays des mille collines, L’Atelier de l’égrégore février 2016, in La Trilogie des Grands Lacs, L’Atelier de l’égrégore 2017.

Troisième tome de la Trilogie des Grands Lacs et troisième enquête de Ciceron Boku Ngoi.

Printemps 1994. L’attentat qui a coûté la vie au président Habyarimana plonge le Rwanda dans le chaos. Il se murmure, sur différents canaux, que la France pourrait avoir sa part de responsabilité. Seul un examen des boîtes noires de l’appareil permettrait de faire toute la lumière, mais comment mettre la main dessus, discrètement. Pendant que l’on se gratte la tête dans les ministères, à l’Élysée, le conseiller Maccioci, sait déjà qui appeler. C’est ainsi que Cicéron Boku Ngoi, détective privé congolais établi à Paris, se retrouve à nouveau en mission secrète pour le compte du gouvernement français. Pas question d’atterrir à Kigali, l’aéroport est fermé. Il faudra passer par la République Démocratique du Congo. Et passer aussi entre les mailles du réseau de surveillance du régime mobutiste. Quelques mois après sa dernière mission (La Chasse au léopard), le détective retrouve Kinshasa, où la situation ne s’est guère améliorée. Entre policiers sous payés et militaires très nerveux, c’est toujours le royaume de la débrouille et de la corruption. À Goma, dans un aéroport totalement vide, Cicéron Boku Ngoi se retrouve seul face à un militaire armé et bien décidé à lui extorquer tout ce qu’il imagine possible d’obtenir d’un étranger venu de si loin. Cicéron Boku Ngoi parvient à apaiser le militaire et celui-ci accepte, moyennant finances, de l’amener au plus près de la frontière rwandaise. Sur la route de Gisenyi, le détective croise quantité de familles qui prennent le chemin de l’exil. Il s’installe dans un Hôtel Méridien pratiquement désert, se met en travail et appelle le conseiller Maccioci, pour un premier rapport. Celui-ci lui annonce qu’en France, de nouveaux éléments rendent sa mission caduque: un capitaine clame haut et fort que les boîtes noires de l’avion du président Habyarimana ont été retrouvées et analysées. Cicéron se gondole en écoutant les exploits du capitaine. Mais ce qui est sûr aussi, c’est que sa mission a été éventée et qu’il va devoir faire très attention à lui. Pour autant, il ne renonce pas à s’approcher des débris de l’avion et à fouiller la zone. À défaut de boîtes noires, il ramasse un insigne qui ne lui est pas inconnu…

Comme pour La Chasse au léopard, Gaspard-Hubert Lonsi Koko s’est servi du terreau de faits réels pour y planter son roman. Plus de vingt ans après le génocide rwandais, les images sont encore dans toutes les mémoires. Le roman les effleure au moyen de quelques détails, de quoi rendre les massacres concrets, mais sans excès. Plus saisissantes, peut-être parce qu’absentes des journaux télévisés de l’époque, alors seules sources d’informations, ce sont ces descriptions des grandes villes du pays après les massacres, des villes désormais silencieuses, vidées de leur population, les rues livrées aux chiens errants… Et puis il y a toutes ces questions, que le roman soulève, et qui restent sans réponse. Comment en est-on arrivé là? Bien sûr, il y a les travaux des chercheurs, les sites encyclopédiques, qui donnent toutes les explications nécessaires, historiques, sociologiques. Mais toutes ces analyses demeurent formelles comparé à l’horreur de ces gestes de tuerie répétés encore et encore et pour lesquels il n’y aura jamais d’explications acceptables. Quant à ce qui est présenté comme l’élément déclencheur de toute cette horreur, l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, il demeure, à ce jour, non élucidé. Les fameuses boîtes noires n’ont jamais été retrouvées ni analysées. Au Pays des mille collines est un roman qui rend hommage à toutes les victimes de cette gigantesque barbarie, un roman dont l’ambiance demeure longtemps dans la mémoire du lecteur.

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