Jolie comme un coeur et serial killeur, à Lagos

Oyinkan Braithwaite, Ma soeur, serial killeuse (My Sister, the serial killer, 2017, 2018), trad de l’anglais (Nigeria) par Christine Barbaste pour les Éditions Delcourt 2019.

Korede a toujours veillé sur Ayoola, parce que les grandes sœurs sont là pour protéger, quoiqu’il arrive. Korede a d’abord rattrapé les bêtises de l’enfance, encaissé avec elle toute la violence paternelle puis protégé sa petite sœur d’un mariage forcé. Ayoola a grandi et les petites bêtises sont devenues plus grosses. Pour la troisième fois, elle appelle sa sœur à la rescousse afin de faire disparaître un corps. C’est qu’Ayoola a la fâcheuse habitude de conclure ses rendez-vous amoureux le couteau à la main. Jusqu’à présent, aucun prétendant n’en a réchappé. Jusqu’à présent, elle n’a pas été inquiétée non plus. Il faut dire que Korede, infirmière à l’hôpital St Peter de Lagos, est une maniaque du ménage, incollable en matière de détergent, ça aide pour effacer les traces. Quand aux corps, après un séjour prolongé dans la lagune en contrebas de Third Mainland Bridge, ils ne doivent plus ressembler à grand-chose. Le dernier en date s’appelait Femi. Il laisse une sœur inconsolable et bien décidée à savoir ce qui lui est arrivé. Ce sont d’abord des appels à l’aide sur les réseaux sociaux, et quand la sœur découvre, dans l’appartement de son frère, une serviette ensanglantée, la machine s’emballe. Un voisin se souvient avoir vu deux femmes dans l’immeuble de Femi ce soir là et la police accepte d’ouvrir une enquête. Les sœurs sont interrogées, la voiture fouillée, en vain. Le répit n’est que de courte durée : Ayoola a jeté son dévolu sur un collègue de Korede et cet homme là, Korede y tient. De temps en temps, quand le fardeau est trop lourd, l’infirmière pousse la porte de la chambre 313 et va s’épancher auprès du patient allongé là. Muhtar Yautai est plongé dans le coma, avec peu de chance de revenir à lui, le confident idéal. Sauf que, contre toute attente, Muhtar Yautai se réveille, et demande à rencontrer cette femme qui est venue si souvent lui parler. Il se souvient de sa voix, et de tout ce qu’elle lui a raconté…

Un premier roman, aussi original que réussi, et qui fait d’Oyinkan Braithwaite une auteure à suivre. Les chapitres, courts, efficaces, filent comme autant de flèches lancées par une main experte. Le ton est léger, en total décalage avec les horreurs racontées. On reconnaît là tout le travail de l’écrivain, travail partagé avec le lecteur à qui on a laissé une moitié de chemin à parcourir. Car sous ce détachement, de nombreux thèmes sont abordés, et pas des plus faciles. Comment sauvegarder les apparences, comment maintenir une certaine cohésion, voire plus, au sein d’une famille ravagée par la violence et le déni ? Comment continuer à aimer celle qui a tuée ? Jusqu’où aller pour la préserver ? La prise de conscience opère au fur et à mesure de la lecture et c’est un aimant que l’on tient en mains. Une fois commencé, impossible de le lâcher. Une fois terminé impossible de l’oublier.

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