L’île sombre

Susanna Crossman, L’Île sombre (Dark island, 2020), traduit de l’anglais par Carine Chichereau pour La Croisée, Groupe Delcourt 2021.

Une île, sombre, des personnages tiraillés et réunis là le temps d’un huis-clos décidé par la marée. On est tenté d’entrer dans ce roman avec un fardeau de référence, une dose d’Agatha Christie, un zeste de Simenon… Ces références, mieux vaut les laisser sur la grève et apprécier pleinement, dans toute son originalité, le talent d’écrivain de Susanna Crossman.

Josh est un jeune trentenaire qui bosse dans l’immobilier, belle montre, belle voiture, beaux costumes, rien n’est laissé au hasard dans ses choix de vie, toutes les apparences sont soignées, tout est bon pour avancer, réussir, et surtout le montrer. Quand Kevin, son second, lui a parlé de cette île qui pourrait être à vendre, Josh a vite compris le potentiel de cet endroit, exceptionnel, et la commission qu’il pourrait empocher au passage. Dans le pays, cette île est nimbée d’une réputation sulfureuse, refuge pour dépravés, morts violentes… Kevin le sait, l’a expérimenté, il y a même laissé sa tranquillité d’esprit. Josh s’en moque. Kevin, lui, n’a qu’une envie, que cette île soit vendue et que tout change enfin. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Josh déciderait d’y organiser un week-end juste avant que la maison ne soit vidée, l’île officiellement mise en vente. Un week-end à la dernière minute, avec ceux qu’il pense être ses amis, invités à la dernière minute aussi. Une invitation pressante, du genre qu’on accepte malgré soi tout en sachant qu’on aurait mieux fait de refuser. Un week-end organisé par Josh mais où les autres s’occupent de tout. Il y a là Katherine, la belle métisse, future chirurgienne cardiaque, que Josh rêve d’ajouter à la liste de ses conquêtes, la grassouillette Clarice qui n’a d’yeux que pour Josh mais vient d’accepter la bague de fiançailles de Charlie. Charlie, c’est le type organisé, sur qui on peut compter pour s’occuper de tout mais qu’on refuse d’écouter quand il s’exprime, et puis Kevin et Sarah, Kevin dans l’ombre de Josh et Sarah, une fille de papier glacé, une fille toute en apparence, mais les apparences sont parfois faites pour tromper. Un week-end de rêve avait dit Josh. Mais du rêve au cauchemar, il n’y a parfois qu’un pas…

Un roman court, dense et précis. Un premier roman qui frappe fort et marque une mémoire de lecteur. Une photographie de quelques trentenaires et des fardeaux qu’ils trimballent, entre traumatismes du passé et obligations du présent qui obscurcissent déjà l’avenir. Des trentenaires pas encore tout à fait remis de leurs enfances avec des parents qui les ont vus grandir de loin, de très loin… Racisme, sexime, machisme, consentement, L’Île sombre aborde ces abcès que l’on perce aujourd’hui avec une simplicité, une profondeur et une précision digne d’un coup de scalpel. Le genre de lecture que l’on met un certain temps à digérer car l’esprit n’en finit pas de retourner, encore et encore, les personnages, leurs vécus, leurs situations, c’est plutôt bon signe non?!

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